Vienne à Toi

Le magazine de ce qui vaut le détour

Liste INCI : comment lire la composition d’un cosmétique

Avatar de Élodie Sénéchal

·

5 min de lecture

Retournez n’importe quel flacon de crème ou de shampoing : la liste qui s’y trouve, souvent en tout petit, s’appelle la liste INCI, pour International Nomenclature of Cosmetic Ingredients. Ce n’est pas un texte marketing. C’est une obligation réglementaire, la même dans toute l’Union européenne, qui répond à une logique précise dès qu’on sait la lire.

Un ordre imposé, pas un hasard de mise en page

La nomenclature INCI standardise le nom de chaque ingrédient, en latin ou en anglais scientifique, pour qu’un même composant porte le même nom d’un pays à l’autre et d’une marque à l’autre. Cette standardisation permet de comparer deux produits terme à terme, à condition de connaître la règle qui organise la liste : les ingrédients sont classés par ordre décroissant de concentration, du plus présent au moins présent.

Le premier ingrédient cité est toujours le plus concentré dans la formule ; le dernier, le moins présent. Cette règle de l’ordre décroissant est la clé de lecture de toute liste INCI.

C’est pour cette raison que l’aqua (l’eau) arrive en tête de la plupart des crèmes, laits ou gels : elle sert de base à l’émulsion et représente souvent, à elle seule, plus de la moitié du produit. Voir « aqua » en premier ingrédient n’est donc pas un signe de pauvreté de la formule, c’est simplement la base la plus courante de la cosmétique moderne.

Sous la barre des 1 %, l’ordre devient libre

La règle de l’ordre décroissant ne s’applique intégralement que jusqu’à un certain seuil : en dessous de 1 % de concentration, le fabricant peut lister les ingrédients dans l’ordre qu’il souhaite. Concrètement, tout ce qui apparaît après les conservateurs, les épaississants ou les parfums habituels peut être présent à une dose infime, sans que la position dans la liste ne le confirme ni ne l’infirme avec certitude.

C’est le point que beaucoup d’acheteurs ignorent, et que les emballages exploitent parfois avec habileté : un actif mis en avant en gros caractères sur la face du flacon — un extrait de plante, une huile précieuse, une molécule à la mode — peut très bien figurer en fin de liste INCI, après le parfum ou le colorant. Dans ce cas, il est présent à l’état de trace. Il peut avoir un rôle réel dans la formule, mais certainement pas celui, spectaculaire, que suggère l’étiquette avant.

Les allergènes de parfum, seuls ingrédients à devoir se dénoncer

Le règlement cosmétique européen impose une exception notable à l’intérieur même du parfum, ingrédient pourtant globalement protégé par le secret de fabrication. Une liste de substances parfumantes reconnues comme allergènes potentiels — linalol, limonène, citronellol, géraniol, coumarine, entre autres — doit être déclarée nommément dès qu’elle dépasse certains seuils de concentration, y compris dans un produit qui se contente d’indiquer « parfum » ou « fragrance » pour le reste de sa composition. C’est la raison pour laquelle on trouve, en toute fin de liste INCI, une poignée de noms qui semblent sortis d’un cours de chimie : ce sont précisément les composés que la réglementation oblige à nommer, pour les personnes sujettes aux allergies cutanées.

« Sans » et « naturel » ne sont pas des garanties

Une mention « sans paraben », « sans sulfate » ou « sans silicone » dit ce que le produit ne contient pas, jamais ce qu’il contient réellement ni en quelle proportion. Ce n’est pas un argument de composition, c’est un argument d’exclusion, qui ne renseigne en rien sur la qualité ou la concentration des ingrédients qui composent le reste de la formule. Seule la liste INCI, lue dans l’ordre, permet de vérifier ce qui a été mis à la place.

Le mot « naturel », lui, n’est encadré par aucune définition réglementaire en cosmétique : n’importe quelle marque peut l’employer sans avoir à prouver quoi que ce soit. À l’inverse, des labels comme Cosmos Organic ou Ecocert reposent sur un cahier des charges vérifié par un organisme indépendant, avec des seuils précis d’ingrédients issus de l’agriculture biologique et des procédés de fabrication contrôlés. Un flacon peut afficher « naturel » en gros sur la face avant sans répondre à aucun de ces critères ; seul un logo de certification atteste d’un contrôle réel.

Ce que la liste INCI permet de vérifier avant d’acheter

Lire une liste INCI ne demande pas de connaître la chimie de chaque molécule : il suffit de repérer où se situe, dans l’ordre, l’ingrédient mis en avant sur l’emballage. S’il figure parmi les cinq à sept premiers noms, il pèse probablement dans la formule. S’il apparaît après le parfum ou les conservateurs, il y est en quantité marginale, quelle que soit la taille de sa mention sur l’étiquette.

En cas de réaction cutanée après usage d’un produit, mieux vaut consulter un dermatologue que d’auto-diagnostiquer une allergie à partir de la liste seule : lire une composition aide à comprendre un produit, cela ne remplace pas un avis médical. Pour la réglementation en vigueur, la DGCCRF et l’ANSM restent les références en France, chacune sur son périmètre — la loyauté de l’information produit pour la première, la sécurité sanitaire des cosmétiques pour la seconde. On retrouve la même exigence de transparence du côté des produits d’entretien, dans notre rubrique maison et écologie.

Sources : ANSM, DGCCRF.


Avatar de Élodie Sénéchal

À lire aussi